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Le mystérieux édifice religieux des Clavaux

Photo du rédacteur: Matthieu Meunier
Matthieu Meunier
il y a 2 jours
6 min de lecture

À Sainte-Catherine-de-Fierbois, douze traces laissées dans le sol ont révélé un bâtiment religieux vieux de plus de mille ans.

Article de vulgarisation historique — les faits attestés sont distingués des hypothèses de restitution.


En 2013, les travaux de la ligne à grande vitesse Tours-Bordeaux conduisent les archéologues à fouiller un terrain situé à Sainte-Catherine-de-Fierbois, au lieu-dit Pré de la Fosse / Les Clavaux.


Sous la terre apparaît un site occupé à plusieurs périodes de l’histoire : une exploitation agricole gallo-romaine, puis, plusieurs siècles plus tard, une petite communauté du haut Moyen Âge.


Parmi les centaines de vestiges mis au jour, une construction retient particulièrement l’attention. Les archéologues la désignent simplement sous le nom de Bâtiment 3.


Il n’en reste ni murs ni toiture. Pourtant, son empreinte dans le sol est suffisamment claire pour comprendre qu’il ne s’agissait pas d’un bâtiment ordinaire.


Douze trous dans le sol


Le Bâtiment 3 est connu grâce à douze grands trous de poteau. Ces creusements recevaient les pièces de bois qui formaient l’ossature de la construction.


Certains dépassent un mètre de diamètre et un mètre de profondeur. Après la disparition du bois, son emplacement est resté visible dans le sol. Ces empreintes permettent d’estimer que plusieurs poteaux mesuraient environ 30 à 40 centimètres d’épaisseur.


L’étude des charbons retrouvés dans ces traces apporte une autre certitude : les poteaux étudiés étaient en chêne.


Pour une petite communauté rurale, une telle construction représentait un travail important : choisir de grands arbres, les abattre, les transporter, les façonner puis creuser de profondes fosses pour les installer.


Pourquoi consacrer autant d’efforts à cet édifice ? Sa forme apporte une partie de la réponse.


Un plan qui évoque une église


Le bâtiment mesurait environ 16 mètres de long pour 7,80 mètres de large et était presque exactement orienté d’ouest en est.


À l’ouest se trouvait une grande partie rectangulaire. À l’est, un espace plus petit et plus étroit prolongeait l’ensemble. Les archéologues interprètent ces deux parties comme une nef et un chœur à chevet plat.


Son plan, ses dimensions, la puissance de ses fondations et son association avec la nécropole permettent aux chercheurs de l’identifier comme un bâtiment à vocation religieuse et funéraire.


Son statut précis reste cependant inconnu. Était-ce une petite église où une communauté se réunissait ? Une chapelle ? Un lieu surtout destiné aux cérémonies liées aux morts ? Les vestiges ne permettent pas de trancher.


Restitution extérieure du Bâtiment 3 des Clavaux vers le VIIIe siècle
Bâtiment 3 vers le VIIIe siècle — restitution extérieure. Le plan, les proportions générales et les grands poteaux sont fondés sur les données archéologiques ; les élévations, la couverture et les ouvertures restent hypothétiques.

Un bâtiment probablement du VIIIe siècle


Pour dater l’édifice, les archéologues ont croisé les poteries découvertes dans les trous de poteau et plusieurs analyses au radiocarbone réalisées sur des charbons de bois.


Les résultats se placent entre la fin du VIIe et le IXe siècle, avec des indices particulièrement forts autour du VIIIe siècle, notamment sa seconde moitié.


Il faut toutefois conserver une nuance importante : le radiocarbone date le bois analysé, pas le jour où l’arbre a été coupé ni celui où le bâtiment a été construit. La construction du Bâtiment 3 est donc probablement à situer au VIIIe siècle, sans qu’il soit possible de lui donner une date précise.


Un sanctuaire au milieu des ruines antiques


Lorsque le Bâtiment 3 est élevé, le lieu possède déjà plusieurs siècles d’histoire.


À l’époque gallo-romaine, une exploitation agricole occupait le terrain. Elle comprenait notamment une petite résidence équipée d’un chauffage par le sol et d’installations balnéaires, ainsi qu’un second bâtiment interprété comme une grange.


C’est dans l’emprise de cette ancienne grange — le Bâtiment 2 du rapport — que le nouvel édifice est installé. Les anciennes maçonneries étaient probablement ruinées mais encore visibles, et certains trous de poteau entament légèrement leurs fondations.


Les habitants du haut Moyen Âge ne construisaient donc pas sur une terre vierge. Ils vivaient au milieu des traces d’un passé déjà ancien.


Avant l’édifice, il y avait déjà des morts


Le Bâtiment 3 est étroitement lié à une petite nécropole. Environ 110 inhumations ont été étudiées sur le site.


Le cimetière a été utilisé pendant plusieurs siècles, depuis la seconde moitié du VIIe siècle jusqu’au XIIe siècle au moins, et peut-être jusqu’au début du XIIIe.


Certaines tombes semblent être antérieures à la construction du bâtiment religieux. Une première partie du cimetière était organisée en rangées. Certaines fosses épousaient approximativement la forme du corps et des planches de bois pouvaient être disposées au-dessus des défunts.


Le Bâtiment 3 semble donc avoir été construit dans un lieu où l’on enterrait déjà les morts. Cette relation avec la nécropole est essentielle pour comprendre sa fonction.


Le bâtiment disparaît. Le cimetière demeure.


Le Bâtiment 3 finit par être abandonné puis détruit. Les chercheurs situent sa disparition entre le IXe siècle et le début du XIe.


Mais l’histoire du lieu ne s’arrête pas là. Des inhumations continuent d’être pratiquées sur place. Certaines tombes sont même creusées à l’emplacement du bâtiment disparu ou contre l’endroit où se trouvaient autrefois ses parois.


Les dernières sépultures remontent au XIIe siècle, peut-être au début du XIIIe. Pendant plusieurs générations, des hommes et des femmes sont donc revenus enterrer leurs morts dans un lieu où l’édifice religieux n’existait plus.


Pourquoi revenir ici ? Nous ne le savons pas. Le souvenir du caractère religieux du lieu a peut-être perduré, mais cela reste une hypothèse. Une chose est certaine : la mémoire funéraire du site a survécu au bâtiment.


À quoi pouvait-il ressembler ?


Le plan du Bâtiment 3 est bien connu, tout comme la position des principaux poteaux, leur taille approximative et l’emploi du chêne.


En revanche, les parties situées au-dessus du sol ont disparu. La hauteur des murs, la forme des fenêtres et le détail de la charpente restent inconnus.


Les chercheurs envisagent une construction en bois, probablement complétée par des parois en terre ou en torchis. La couverture était vraisemblablement végétale, peut-être en chaume ou en bardeaux : aucune concentration de tuiles pouvant être attribuée avec certitude à cette toiture n’a été découverte.


Une entrée à l’ouest est possible, sans être démontrée. Un autel était probablement présent, sans qu’aucune trace archéologique d’un autel ait été retrouvée.


Restitution intérieure hypothétique du Bâtiment 3 des Clavaux au VIIIe siècle
Bâtiment 3 vers le VIIIe siècle — restitution intérieure hypothétique. Le volume général suit le plan archéologique. L’autel, la croix, l’aménagement intérieur et l’éclairage sont des propositions de restitution.

Ce que nous ignorons encore


Nous ne connaissons pas le nom de ce bâtiment, son fondateur, la personne qui y officiait ni la communauté précise à laquelle il était destiné.


Surtout, rien dans les données archéologiques étudiées ne permet aujourd’hui d’affirmer qu’il était consacré à sainte Catherine.


Aucun élément ne permet non plus d’établir un lien avec Charles Martel ou, plusieurs siècles plus tard, avec Jeanne d’Arc et l’histoire de son épée.


Ces rapprochements peuvent poser de bonnes questions. Mais une question, même séduisante, n’est pas une preuve.


Pourquoi le Bâtiment 3 est-il exceptionnel ?


Les premiers édifices religieux ruraux en bois ont laissé peu de traces. Beaucoup ont ensuite été reconstruits en pierre, ce qui a souvent détruit ou brouillé leurs fondations les plus anciennes.


À Sainte-Catherine-de-Fierbois, le Bâtiment 3 n’a apparemment pas connu cette reconstruction. Il a disparu sans être remplacé au même endroit.


Paradoxalement, c’est cet abandon qui a permis à son plan de rester particulièrement lisible. Les auteurs du rapport le considèrent comme un jalon important pour l’étude de l’architecture religieuse rurale et de la christianisation des campagnes au haut Moyen Âge.



Puis le bâtiment fut oublié. Le cimetière cessa à son tour d’être utilisé. Le paysage recouvrit les traces.


Plus de mille ans après sa construction, douze empreintes laissées dans la terre ont permis de retrouver l’existence de ce lieu disparu.



Évocation artistique du site des Clavaux plusieurs siècles après l’abandon du Bâtiment 3, dans un paysage rural où l’édifice religieux a entièrement disparu.
Le site plusieurs siècles après l’abandon — évocation artistique. Nous savons que le Bâtiment 3 avait disparu depuis longtemps ; l’aspect exact du terrain au XVe siècle n’est pas connu.

Sources et références


• BEN KADDOUR, Cyrille ; MARIE, Guillaume ; SARRESTE, Florian, avec la collaboration de nombreux spécialistes. Sainte-Catherine-de-Fierbois (37), Pré de la Fosse - Les Clavaux. Rapport final d’opération archéologique, fouille préventive. Éveha - Études et valorisations archéologiques, Service régional de l’Archéologie Centre, 3 vol., 2015. Voir notamment vol. 1, p. 178-191, 465-487.


• BEN KADDOUR, Cyrille ; SARRESTE, Florian ; MISME, Anne-Claire. Villa, nécropole et église à Sainte-Catherine-de-Fierbois « Pré de la Fosse/Les Clavaux ». Archéologie en région Centre, DRAC Centre - Service régional de l’Archéologie, Orléans, 2014.


• BEN KADDOUR, Cyrille. « Le site de Sainte-Catherine-de-Fierbois (Indre-et-Loire, France) : un nouvel exemple d’édifice religieux/funéraire alto-médiéval en contexte d’habitat rural », dans BIS-WORCH, Christiane ; THEUNE, Claudia (dir.), Religion, Cults & Rituals in the Medieval Rural Environment, Ruralia XI, Leiden, Sidestone Press, 2017, p. 141-152.



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